Monsieur Marc LORTIE
12 mai 2009

Je vous remercie de m’avoir invité à participer à ce dîner du Cercle Richelieu Senghor. Je me réjouis de renouer avec votre Cercle, que j’ai bien connu à l’époque où j’exerçais les fonctions de représentant personnel du Premier Ministre du Canada pour la Francophonie, il y de cela une quinzaine d’années.

Ce soir, j’ai choisi de vous parler du « Canada face aux défis de la mondialisation ». C’est un vaste programme! Je m’attarderai plus particulièrement aux enjeux liés à l’économie, à l’énergie et à l’environnement ainsi qu’à la paix et à la sécurité. Je vous parlerai aussi de l’Arctique, un sujet prioritaire de la politique canadienne.

Je vous parlerai enfin des relations France-Canada. Plusieurs d’entre vous en avez été des acteurs privilégiés et de fins observateurs.

Je serai bien sûr heureux, par la suite, de répondre à vos questions.

Crise économique mondiale

Commençons par la crise économique mondiale.

Comme tous les pays, le Canada doit composer avec les effets de la récession mondiale. Cette crise s’est traduite, chez nous, par une hausse du coût du crédit, par la chute des exportations et une réduction des revenus en raison de la baisse importante du prix des produits de base, comme le pétrole et le gaz.

Les Canadiens demeurent néanmoins confiants. Nous sommes parmi les mieux armés pour y faire face. Le système financier du Canada est solide. Aucune banque canadienne n’a eu besoin d’être renflouée ou d’être nationalisée. Les entreprises et les ménages sont moins endettés qu’aux États-Unis. De plus, le Canada possède le plus faible ratio dette-PIB parmi les pays du G-7.

Le gouvernement a voté un plan d’action économique pour lutter contre les effets de la récession mondiale. Ce plan inclut un éventail de mesures destinées à renforcer le système financier canadien, à stimuler les dépenses, à aider les Canadiens, les entreprises et les collectivités. En tout, le gouvernement canadien injectera 30 milliards de dollars dans l’économie canadienne.

Énergie et environnement

Autre défi de la mondialisation : l'énergie et les défis que cela pose pour l'environnement.

Le Canada est le cinquième producteur d’énergie de la planète. Nous possédons après l’Arabie saoudite les plus grandes réserves de pétrole au monde. Nous sommes le 3 e producteur mondial de gaz naturel, le 2 e producteur d’énergie hydroélectrique. Nous sommes aussi le principal fournisseur mondial d’uranium. Vous l’ignorez peut-être mais 60% de l’uranium consommé en France provient du Canada !

Le Canada a souvent été accusé de manquer d’ambition dans le domaine de l’environnement. Laissez-moi vous détromper.

Le protocole de Kyoto a été signé il y a dix ans. Le Canada l’a signé et ratifié sous le gouvernement précédent. Beaucoup de retard a été pris et nous savons qu’il n’est plus réaliste de penser que ces objectifs seront atteints.

Mais le Canada est un pays pragmatique et responsable. C’est pourquoi notre gouvernement a présenté un plan ambitieux de réduction des gaz à effet de serre. Il vise à réduire les émissions industrielles de 20% d’ici 2020 et de 60% à 70% à l’horizon 2050. Il prévoit aussi une réduction de moitié de notre pollution atmosphérique d’ici 2015.

Paix et sécurité

La mondialisation, c'est aujourd'hui, plus que jamais, l'obligation de réaliser que ce qui se passe à l'autre bout de la planète a un impact dans nos foyers. C'est pour cela que le Canada est engagé dans le monde pour la paix et la sécurité.

D’abord en Afghanistan, où le Canada et la France coopèrent étroitement à la stabilisation et à la reconstruction de ce pays. Le Canada y a dépêché la plus grande mission militaire canadienne. Depuis 2001, 18,000 Canadiens ont servi en Afghanistan. 2,7000 hommes et femmes y sont actuellement déployés, principalement à Kandahar, au sud du pays.

Nous avons également fait de l’Afghanistan le premier bénéficiaire de l’aide canadienne au développement car tout en restaurant la sécurité, il est essentiel d’aider le gouvernement afghan à reconstruire le pays et à y instaurer la démocratie. L’accès aux soins de santé, la scolarisation des enfants, et surtout des filles, et le microcrédit sont certains des secteurs d’intervention des programmes canadiens.

Cette mission est difficile et a un coût humain élevé. Depuis 2001, nous avons perdu 118 militaires, 1 diplomate et 2 travailleuses humanitaires.

Le Canada est également très présent dans les Amériques, notamment en Haïti. Nous sommes le deuxième plus important donateur bilatéral d’aide dans ce pays : 555 millions de dollars sur 5 ans, d’ici 2011. De plus, à travers notre participation à la MINUSTAH, nous oeuvrons à la sécurité et à la paix, en collaboration avec les Nations Unies et l’Organisation des États américains.

Le Darfour est une autre région du monde où la communauté internationale se mobilise et où le Canada est présent. Nous participons aux efforts diplomatiques visant à enrayer les causes du conflit au Darfour, nous apportons notre soutien aux populations par le biais de nos programmes de développement et de notre aide humanitaire. Le Soudan est, en fait, le troisième bénéficiaire de l’aide canadienne au développement, après l’Afghanistan et Haïti. Le Canada participe également à la mission des Nations Unies au Darfour, la MINUAD.

L’heureux dénouement que vient de connaître la prise en otages de deux travailleurs humanitaires de l’Aide médicale internationale (AMI) au Soudan, une Française et un Canadienne, ne saurait décourager notre détermination à continuer de venir en aide aux populations les plus démunies de ce pays. Le Canada tient à remercier la France d’avoir coopéré étroitement en vue de leur libération.

Ce développement suit de près la libération des deux diplomates canadiens, Robert Fowler et Louis Guay, enlevés au Niger en décembre. Là encore, les efforts conjoints du Canada, de nombreux États, dont le Mali, le Burkina Faso et la France, et les encouragements soutenus du Secrétaire général de la Francophonie ont permis la libération de nos deux compatriotes ainsi que d’une Allemande et d’une Suissesse détenues dans la même région.

Arctique

La mondialisation, c'est aussi la découverte de nouvelles frontières, notamment celle de l’Arctique. Le Canada, là-aussi, est présent.

L’Arctique c’est 40% de la superficie de notre pays. Contrairement à l’Antarctique, l’Arctique est une région peuplée. 112 000 personnes environ, majoritairement des Inuits. C’est le troisième océan qui borde notre pays. C’est notre frontière nordique.

Le gouvernement canadien a décidé de faire de l’Arctique une de ses grandes priorités. C’est pour nous un enjeu géostratégique, un enjeu climatique, en enjeu humain, un enjeu économique, un enjeu de développement.

Le Canada est conscient que certains des défis de l’Arctique demanderont une collaboration au niveau international. Nous sommes prêts à dialoguer avec les pays qui ne bordent pas l’Arctique, notamment en matière scientifique, dont la France.

Cela dit, le Canada entend pleinement exercer sa souveraineté dans cette région. Comme l’indiquait le ministre canadien des Affaires étrangères, l'honorable Lawrence Cannon, aux membres du Conseil de l'Arctique rassemblés à Tromsoe la semaine dernière : « l'Arctique et le Nord sont au cœur de notre identité nationale. Nous y affirmons notre leadership, notre intendance et notre droit de propriété. »

Relations France-Canada

Et la relation France-Canada dans tout cela ? Elle est forte. La relation triangulaire France-Canada-Québec a, aujourd’hui, trouvé son équilibre et sa maturité.

L’année 2008 a été particulièrement riche pour les relations France-Canada avec la célébration de la fondation de la ville de Québec et la tenue du Sommet de la Francophonie. De nombreuses visites officielles sont venues sceller les liens d’amitié entre nos deux pays durant cette année. La Gouverneure générale et le PM Harper sont venus en France alors que le Président Sarkozy et le PM Fillon ont effectué des visites au Canada.

En matière de commerce, la France est le troisième investisseur étranger au Canada. Plus de 700 entreprises françaises y sont établies. Les entreprises françaises initialement très concentrées au Québec, sont devenues ces dernières années très actives en Ontario et dans les provinces de l’Ouest. Présentes dans presque tous les secteurs de l’économie, on y trouve la quasi-totalité des sociétés du CAC 40.

Le Canada et la France entretiennent, par ailleurs, d’excellentes relations au niveau universitaire. Il existe 18 centres d’études canadiennes en France et plus de 500 accords d’échanges d’étudiants ont été conclus entre des établissements d’enseignement supérieur canadiens et français.

Les Jeunes. Parlons des jeunes! Depuis 2004, le programme de mobilité des jeunes entre la France et le Canada offre de merveilleuses opportunités. En 2009, 12,000 jeunes Français et Canadiens auront l’occasion de découvrir le Canada ou la France.
Ce programme permet, en effet, à ces jeunes de travailler et de faire des stages dans l’autre pays, et ce pour une période allant jusqu'à 12 mois. Il connaît un succès phénoménal.

La France est un partenaire, un allié. Plus, un ami fraternel...

Notre relation est forte et parce qu'elle est forte, elle nous permet, à vous comme à nous, de mieux relever les défis de la mondialisation.

C’est dans cet esprit, que le président de l’Union européenne, le président de la Commission européenne et le PM Harper, ont lancé, le 6 mai dernier, des négociations visant à conclure un accord de partenariat économique entre le Canada et l’Union européenne.

Ce partenariat historique, le plus important pour le Canada depuis la signature de l’ALENA, contribuera à accroître les échanges entre nos deux espaces économiques.

A un moment où de nombreux pays se réfugient dans le protectionnisme, le Canada et l’Union européenne veulent démontrer qu’il y a d’autres voies et que le libre-commerce est la réponse adéquate à la crise économique mondiale.

Conclusion

Voilà, en quelques minutes un bref aperçu des principaux défis mondiaux auxquels le Canada est confronté. 
Je serais maintenant heureux de répondre à vos questions. 
Je vous remercie de votre attention.

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