Inauguré en 1926 par le Prof. Eugène de Castro (qui s’honorait d’avoir, dans sa jeunesse symboliste, été l’hôte de Mallarmé, rue de Rome), l’Institut des Etudes Françaises, aujourd’hui intégré au Département d’Etudes Romanes de la Faculté des Lettres, a produit des générations de professeurs de français et, plus généralement, de “passeurs” de la culture française au Portugal.

Successivement dirigé par de fortes personnalités de “romanistes” (Costa Pimpão, Paiva Boléo), l’Institut a pu très tôt compter avec le soutien de l’Ambassade de France au Portugal. De brillants conseillers culturels, comme Pierre Hourcade entre autres, ont su en favoriser le rayonnement et l’expansion par divers moyens, tels que l’accroissement régulier de sa bibliothèque, l’envoi de conférenciers prestigieux (de Marcel Bataillon à André Siegfried) et la nomination de lecteurs de grande qualité. Durant près d’un demi-siècle (de 1926 à 1974), il y eut là un foyer d’amitié franco-portugaise où se rencontrait toute une élite universitaire.

Jusqu’à 1974, l’enseignement de langue, culture et littérature françaises s’inscrivait dans le cadre de la licence dite de Philologie Romane. L’accent y était mis sur l’étude de l’histoire de la langue, l’ancien français étant enseigné par d’excellents spécialistes. Sur le plan de la méthodologie littéraire, le lansonisme conserva tout son crédit jusqu’à la Révolution des Œillets.

Le renversement du régime salazariste coïncida, curieusement ou non, avec l’irruption du Structuralisme, avidement assimilé par les étudiants qui, las d’un enseignement dogmatique et érudit, y voyaient un instrument d’émancipation intellectuelle. Il faut observer que la langue française (encore apprise alors dès le début du lycée au titre de première langue vivante obligatoire) était pour la très grande majorité un élément presque naturel. L’influence de la culture française avait atteint, à la veille de la Révolution, une sorte d’apogée: les chansonniers, les cinéastes de la Nouvelle Vague et les écrivains du Nouveau Roman, tout ce qui venait de France apportait un souffle précurseur de liberté.

Les vingt années, environ, qui suivirent représentèrent une époque très faste pour l’enseignement, au moins sous l’aspect quantitatif : multiplication des Universités publiques et privées, démocratisation – et massification – de l’Enseignement Supérieur. Essor sans précédent dont bénéficia le français à Coimbra; de très nombreux étudiants (250 en moyenne à chaque rentrée), candidats à l’enseignement secondaire, se présentaient à chaque rentrée à l’Institut d’Etudes Françaises qui devint un important centre de formation de professeurs.

Malheureusement la langue française avait, entre-temps, cessé d’être obligatoire dans le secondaire. Un reflux se fit sentir à la fin des années 90, marquées par la diminution accéléré des effectifs. Le Ministère portugais de l’Éducation ayant fait (trop) large provision de professeurs, l’enseignement ne proposait plus de débouchés faciles à des jeunes que, par ailleurs, décourageait la dégradation de l’image du français, devenu pour beaucoup de Portugais moins la langue de l’évasion que celle de l’émigration.
Dans le même temps, le Ministère français des Affaires Etrangères, procédant à des “redéploiements stratégiques”, supprimait les deux postes de lecteurs (VSNA et détaché budgétaire), puis celui de l’attaché linguistique, dont la collaboration avait été précieuse durant les années “postrévolutionnaires”, de même qu’il avait, auparavant, retiré ses lecteurs de la Faculté des Sciences et cessé d’approvisionner notre bibliothèque.

Il est vrai que l’émergence de la “francophonie” nous invitait à regarder autrement notre rapport au français. Placée en 1991 à la tête de l’Institut des Etudes Françaises, je m’empressais de répondre aux sollicitations du Commissaire au Livre du Ministère de la Culture de la Communauté Française de Belgique, M. Quaghebeur, en instituant, avec lui, le Centre d’Etudes de la Littérature Belge, animé successivement par trois lecteurs sélectionnés et rémunérés par le C.G.R.I. Je recrutais, parallèlement, une universitaire québécoise pour assurer l’enseignement de la littérature et civilisation canadiennes.

La rapide internationalisation de l’enseignement supérieur (avec ses divers “programmes”, Socratès, Erasmus...), allait modifier une nouvelle fois la donne en ouvrant des perspectives encourageantes. Après les “années sombres” du début du siècle, il semble en effet que nous assistions depuis peu à l’apparition d’une nouvelle espèce d’étudiants, attirés vers le français moins par la perspective d’une carrière pédagogique que par les atouts procurés par la maîtrise d’une autre grande langue européenne. L’assouplissement des structures universitaire permettant une plus libre circulation entre facultés, nos cours sont maintenant fréquentés par des élèves de droit, voire de médecine. Il faut ajouter qu’en vertu d’une Convention signée avec la Faculté d’Economie, l’Alliance Française de Coimbra dispense des cours de français de spécialité dans cette dynamique institution.

Les plus récents cursus de la Faculté des lettres (Journalisme, Etudes Européennes, Études Artistiques, Tourisme) nous fournissent un public maintenant stable, orienté vers d’autres intérêts que la littérature mais, généralement, très motivé. Des cours d’initiation, de français juridique, de français de la vie quotidienne, etc,, accueillent ces sympathiques amateurs, auxquels se joint un contingent d’étudiants Erasmus de toutes nationalités et souvent de très bon niveau.

L’enseignement du français à Coimbra (et au Portugal), comme s’il avait bu l’eau du Léthée, ayant oublié ses grandeurs et ses malheurs de naguère, semble enfin prêt à saluer le Siècle nouveau.

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