'Le prix Richelieu Senghor, qui a été attribué pour la première fois en 1989, distingue des personnalités dont l’action contribue de façon exceptionnelle au rayonnement de la langue française.'

Telle est la définition du prix, telles sont ses raisons d’être. Or le prix est décerné, ce soir, à Madame Giuliana MEYNIER, enseignante de français dansa les Vallées vaudoises du Piémont. Voyons si elle répond aux objectifs que s’est fixé le prix.

Il faut reconnaître que, depuis sa création, le prix Richelieu Senghor, dont l’idée de lancement revient à mon ami Simon-Pierre NOTHOMB alors qu’il présidait le Cercle, a été attribué le plus souvent à des personnalités au sens parisien du mot, c'est-à-dire à des personnes connues ou reconnues, parfois illustres. Ces choix étaient censés assurer au prix un certain prestige. Alors, Madame MEYNIER est-elle une de ces personnalités que mentionne la définition du prix ? La réponse est OUI.

Certes, son nom n’est pas sur toutes les lèvres et la région où elle exerce sa profession d’enseignante, les Vallées vaudoises du Piémont, est peu connue des Français. Cependant, le jury du prix que je préside a tenu à ce qu’elle soit la lauréate de cette année.

Pour faire ce qu’elle a fait dans les Vallées, il fallait moins être une personnalité connue qu’avoir une personnalité hors du commun, ce qui est le cas de la lauréate de ce soir. En effet, Giuliana MEYNIER exerce ses fonctions dans un contexte linguistique difficile où quatre langues sont en présence : l’occitan, le français, le piémontais et l’italien, cette dernière langue tendant d’ailleurs à s’imposer toujours davantage. En récompensant madame MEYNIER, le prix entend récompenser, outre la modestie, le courage, la volonté et la détermination.

Maintenant, voyons si, selon la définition du prix, l’action de la lauréate a effectivement « contribué de façon exceptionnelle au rayonnement de la langue française ». Là encore la réponse est OUI. Comme le montrent les documents qui sont entre vos mains, les actions d’enseignement et d’animation poursuivies par Giuliana MEYNIER ne tendent à rien moins, par leur diversité et leur pertinence, qu’à assurer la survie même de la langue française, qui est la langue maternelle de celle que nous fêtons aujourd’hui, dans les Vallées vaudoises.

Je voudrais, à cet égard, insister sur la notion de langue maternelle qui est la langue que l’enfant reçoit directement de sa mère dès son plus jeune âge. C’est la langue de rattachement qui n’est comparable à nulle autre apprise par la suite car elle exprime la personnalité même du sujet. Ainsi, une personne qui perd sa langue maternelle perd un peu de son âme. De même, un peuple qui perd sa langue perd son identité. Or, être soi-même est, dans le monde uniforme qui nous menace, non seulement un devoir mais une absolue nécessité.

C’est dire que le véritable combat linguistique que mène Giuliana MEYNIER s’inscrit, non pas comme certains peuvent le penser, dans une perspective passéiste, mais, bien au contraire, dans celle d’une Europe riche de la diversité de ses langues et de ses cultures, qui est justement l’Europe que nous aimons.Je suis certain que nous sommes unanimes, ce soir, au sein du Cercle Richelieu Senghor, qu’Anne MAGNANT dirige avec tant de tact, de gentillesse et d’efficacité, pour vous féliciter chaleureusement, Madame, et vous exprimer nos sentiments de respect et de gratitude ; pour ce que vous faites, et aussi pour ce que vous êtes.

Retour