Son Excellence Monsieur Abdou Diouf.
Madame le Présidente,
Monsieur l'Ambassadeur,
Messieurs et Mesdames,

C'est avec une grande joie et beaucoup d'émotion que je prends la parole en ce moment si important pour moi.

Quand j'ai reçu la lettre m'annonçant l'attribution du prix, une foule de sentiments différents s'est succédée en moi; avant tout une stupeur incrédule: je me suis immédiatement demandée pour quelle raison on aurait choisi un simple professeur de français au collège dans deux minuscules villes du Piémont pour lui attribuer un prix si prestigieux. Et puis à la surprise se sont succédés la joie, l'enthousiasme et la reconnaissance.

J'ai pensé avant tout que ce prix est attribué à ma personne, mais que je suis là pour représenter toutes les personnes des Vallées Vaudoises du Piémont qui, au cours des années, ont beaucoup travaillé sans épargner leur temps et leur énergie afin que le patrimoine représenté par la connaissance de la langue française ne se perde pas. Il s'agit d'un petit groupe d'enseignants, de proviseurs, de fonctionnaires de l'administration publique qui dans les trois Vallées du Cluson, de la Germanasca et du Pélis on su mettre en place des projets et utiliser des stratégies qui ont apporté de grands résultats dans la diffusion de l'enseignement du français, surtout à l'école primaire.

Ce territoire comprend de nombreuses communes qui ont adhéré à la sauvegarde de la langue française dans les conditions prévues par la loi nationale 482 du 15 décembre 1999.

Il s'agit d'un territoire dans lequel, à la suite des événements historiques et religieux, on a utilisé pendant très longtemps le français en famille, dans l'enseignement public et privé, dans l'administration, dans les cultes de la communauté vaudoise.

Si le gouvernement fasciste à la veille de la seconde guerre mondiale en a interdit l'utilisation, on peut quand même remarquer que beaucoup de familles ont gardé l'habitude à s'exprimer en français, habitude qui a été maintenue aussi par de nombreuses associations culturelles et religieuses. Aujourd'hui, le « Guichet des Langues minoritaires occitane et française » de la « Communauté de Montagne » tâche de donner de l'impulsion à la langue française en organisant des cours de formation, en soutenant des initiatives locales comme la Semaine du français, qui a lieu chaque année dans les Vallées, en fournissant du matériel en langue française aux bibliothèques locales, en favorisant toutes les initiatives qui ont comme but l'apprentissage et l'utilisation du français. A l'école primaire, à partir de 1980 on assiste à un intérêt croissant pour l'enseignement des langues étrangères: en particulier, dans les Vallées Vaudoises, des enseignants novateurs présentent des projets au Ministère de l'Instruction pour pouvoir enseigner le français dès l'école maternelle. Ces projets rencontrent la faveur des familles: petit à petit dans toutes les classes de l'école primaire des deux établissements de la Vallée du Pélis et même dans les écoles maternelles on apprend le français. J'ai présenté au Ministère le premier de ces projets et pendant 5 ans cette expérience a été suivie pour en voir les résultats et pour l'élargir à d'autres écoles.

Aujourd'hui, la nouvelle loi italienne rend obligatoire la langue anglaise de la maternelle aux classes primaires et élémentaires : ce n’est qu’au collège que les élèves ont la possibilité de faire du français et de l'anglais, mais il quitteront certainement le français en arrivant au lycée.

Nous assistons donc, à côté de l'effort soutenu par l'administration locale pour entreprendre toutes les initiatives possibles afin de donner de l'impulsion à la langue française, à son épuisement dans le domaine scolaire.

Nous souhaitons pouvoir continuer à enseigner le français même si c’est à côté de l’anglais, mais sur un pied d'égalité avec lui. C'est pour cela que mon engagement continue, dans l'effort de transmettre le plus possible avant tout le plaisir d'apprendre ou d'améliorer une langue qui est encore vivante sur ce territoire, et je le fais en utilisant toutes les voies possibles :

- à l'école, où nous avons cette année engagé un vaste programme pédagogique qui prévoit, entre autre, des correspondances avec les élèves du collège de Guillestre, ville jumelée avec Torre Pellice, les élèves de l'école élémentaire de Luserna S. Giovanni et Savines le Lac et des collèges de Luserna S. Giovanni et Embrun.
- une correspondance que nous souhaitons pouvoir entretenir avec les élèves de Yendoumà, un village Dogon au Mali, où l'Association ORUAM avec la contribution de la population des Vallées Vaudoises du Piémont, vient de bâtir une école qui sera inaugurée en février 2008.
- une collaboration entre l'Office Régional de l'Instruction, la Communauté de montagne, et l'Alliance française de Cuneo, prévoyant des stages d'étudiantes françaises dans les classes élémentaires des écoles de montagne, mais que nous avons eu le plaisir d'avoir aussi au collège à Torre Pellice;
- le projet Légendes et traditions, qui a reçu des subventions pendant deux ans, grâce auxquelles nous avons pu réaliser un programme important de soutien du français, mais qui cette année ne pourra pas se concrétiser, car ces subventions ne seront plus élargies;
- l'organisation de la Semaine du Français;
- des cours de français pour les adultes et des conférences
- la distribution de matériel libraire dans les différentes écoles et bibliothèques de la région, matériel que nous recevons depuis plusieurs années grâce à la générosité des maisons d'édition française et à la collaboration précieuse de M Félix Vigne qui en soigne la collecte et la remise en Italie;
- la participation à une chorale, Les harmonies, qui recherche et propose des chants traditionnels, surtout en français, et la direction de la section des jeunes de cette chorale.

Voilà, très résumé, ce que nous tâchons de faire depuis longtemps dans ces Vallées du Piémont. Merci infiniment pour avoir pris en considération tous nos efforts et pour ne pas nous laisser seuls.

Merci.

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